Cinéphile m'était conté ...

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Guirlande de vieux films (Avril/1)

Manon des sources, Marcel Pagnol, 1953

Dans un petit village de Provence, les gendarmes recherchent Manon, la fille du « bossu des sources », qui s’est tué à la tâche car il devait s’approvisionner en eau chaque jour à plusieurs kilomètres. Combien de cinéphiles ont découvert la Manon des sources de Pagnol après celle de Berri qu'il ne faudrait pas d'ailleurs vouer aux gémonies car elle a aussi des qualités, bien différentes du film de 1953 lequel précède de quelques années le roman de Pagnol, L'eau des collines, qui raconte l'intrigue autrement (c'est le livre qu'adaptera Berri). Ce qui frappe le plus dans les deux films de près de deux heures qui composent Manon des sources, c'est que Pagnol aime à prendre son temps et tant pis si ses scènes sont plus théâtrales que cinématographiques, lestés de dialogues souvent savoureux (Le jeu du poil) mais parfois trop abondants. Au-delà du caractère tragique de son histoire, c'est l'évocation chaleureuse et lyrique de sa Provence qui séduit dans ce film qui reste remarquable malgré ses défauts de mise en scène (faux raccords à profusion) et une actrice principale, oui Jacqueline Pagnol, qui à du mal à se rendre crédible dans son rôle de sauvageonne, surtout avec ce phrasé si particulier. Heureusement qu'il y a à ses côtés Rellys, Fernand Sardou et l'immense Charles Blavette. Pour sa part, Raymond Pellegrin n'est pas mal du tout, bien qu'étranger au petit monde de Pagnol.

 

L'homme du jour, Julien Duvivier, 1936

Boulard, un brave électricien, donne son sang pour sauver la vie d'une actrice célèbre. Le voilà devenu l'homme du jour. Sans rivaliser avec les meilleurs films de Duvivier des années 30, L"homme du jour est mieux qu'honorable, petite fable amère sur la notoriété et ses vanités. Le pessimisme et la misanthropie du cinéaste sont certes un peu sertis dans une enveloppe comique et fantaisiste mais n'en restent pas moins visibles et confèrent au film une singulière mélancolie jusqu'à cette mise en abyme étonnante d'un Maurice Chevalier dédoublé. Ce dernier, moitié ahuri, moitié lucide, est assez remarquable et son charisme toujours éclatant, 80 ans plus tard, quand il entonne Ma pomme ou Y'a d'la joie. Alerme est merveilleux comme toujours et la jeunesse de Robert Lynen nous émeut, lui, le résistant qui sera fusillé par les nazis en 44.

 

Le plus joli péché du monde, Gilles Grangier, 1951

Zoé, tout juste licenciée, ne voit qu'une solution pour s'en sortir : devenir courtisane. Mais rien ne se passe comme prévu. C'est un film mineur de Gilles Grangier où le cinéaste démontre cependant qu'il a un savoir-faire certain pour embellir un scénario qui n'a qu'une valeur toute relative. C'est une sorte de comédie romantique avec un aspect boulevardier mais qui, par bonheur, ne tombe jamais dans la vulgarité. Georges Marchal et Dany Robin forment un beau couple, quoi de surprenant, ils l'étaient aussi à la ville, à l'époque. Noël Roquevert, en quaker à la morale plutôt élastique, est formidable mais son rôle est bien trop court. Un divertissement sans prétention ni ambition particulière, qui n'a rien de désagréable, ma foi.

 

Les petits riens, Raymond Leboursier, 1942

Sur une musique de Mozart, des amis évoquent les petits riens qui bouleversèrent leur vie. Ainsi, ils se remémorent comment, par des choses anodines, leur destin a basculé. Les films à sketches étaient fort à la mode sous l'Occupation. La plupart du temps, le résultat a été inégal, pour Les petits riens, cela ne vaut vraiment pas grand-chose. Le concept en lui-même est déjà filandreux et ne donne lieu qu'à des épisodes plutôt anecdotiques même pas relevés par des dialogues saillants. C'est parfois même assez consternant. Bien sûr, Fernandel, Jules Berry, Claude Dauphin, Andrex et, in fine, Raimu, figurent au générique. Mais leur rôle est mince et ils n'ont guère l'occasion de s'illustrer. Un film anodin et insipide, rien d'autre.

 

L'ennemi sans visage, Maurice Cammage et Robert-Paul Dagan, 1946

Un savant veut insuffler la vie à un automate. On lui confie pour cela un condamné à mort. Au moment de l'opération, le savant est assassiné et l'on ne retrouve personne près du corps… Le scénario emprunte une trame fantastique, façon Frankenstein, avant de virer très vite au suspense. Normal, il s'agit de l'adaptation d'un roman de Steeman, le même auteur qui a donné le matériau pour L'assassin habite au 21, Le dernier des six, Quai des orfèvres ou Dortoir des grandes. L'ennemi sans visage est loin de valoir les films précédents, il est même assez ridicule et maladroit, cherchant un brin de fantaisie dans ses dialogues sans qu'il n'y en ait aucune trace dans la mise en scène. Celle-ci est assurée par le tâcheron Maurice Cammage (Les cinq sous de Lavarède) qui mourut pendant le tournage. Il n'est même pas crédité au générique du film, terminé par l'obscur Robert-Paul Dagan. Jean Tissier est relativement sobre et semble peu intéressé au contraire de la piquante Louise Carletti qui essaie sans succès de donner du dynamisme au récit.

 



02/04/2019
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